Tony Wilson


Tony Wilson
Photo © Anthony Wilson

Né à Salford, dans le Grand Manchester, le 20 février 1950, Anthony H Wilson est sorti diplômé du Jesus College de Cambridge et a commencé à travailler comme reporter dans les années 1970 pour Granada Television à Manchester. Par la suite il a présenté entre autres l'émission musicale de Granada "So It Goes" et les nouvelles dans "Granada Reports".

A travers "So It Goes" il a été en contact avec la scène punk en plein émergence et se trouvait au concert légendaire des Sex Pistols à Manchester en 1976. Il a commencé à organiser des concerts (pour les Sex Pistols, Iggy Pop, Elvis Costello et consorts ...), à manager des groupes et a fondé le label Factory Records ainsi que le Factory Club où des groupes locaux venaient jouer chaque semaine.

Tony Wilson
Photo © Kevin Cummins
reproduit avec aimable permission

Il a eu la grande intelligence de monter une équipe de premier ordre et Factory a été probablement le label indépendant le plus influent de l'histoire de la pop music. Avec Rob Gretton, Martin Hannett, Peter Saville et Alan Erasmus il a façonné la musique post-punk avec Joy Division et de nombreux autres groupes - dont les alors débutants U2 & OMD. Son management était fondé sur la liberté des artistes et la recherche de la qualité pour la musique comme pour son packaging. Et *non pas* sur faire de l'argent à tout prix ...

Tony Wilson

Factory survécut à la mort de Joy Division, et fut naturellement la maison de New Order. Ensemble ils sortirent "Blue Monday" au milieu des années 80, la plus grosse vente de 12" jamais faite au monde. Wilson continua à être un acteur majeur de la vie de Manchester au travers du club The Haçienda et du Dry Bar. Même après l'époque difficile de la faillite de Factory, il s'est toujours battu pour la musique qu'il aime, via Factory Too, Factory Once et F4.

Tony Wilson

En 2002, "24 Hour Party People", le film de Michael Winterbottom, était basé sur sa vie et sur la scène musicale de Manchester. Il s'est ensuite impliqué dans la co-production du film "Control" tourné par Anton Corbijn sur Ian Curtis malgré le combat contre la cancer. Tony est mort d'une crise cardiaque qui ne serait pas liée à sa maladie à Manchester le 10 août 2007, à l'âge de 57 ans. Le Union Flag à l'Hôtel de Ville de Manchester a été mis en berne pour lui rendre hommage. Le cercueil de Tony Wilson a reçu un numéro de catalogue Factory (FAC 501), qui sera le dernier numéro du catalogue. Tony repose au Manchester Southern Cemetery.

Tony Wilson
Photo © Richard Bellia, Lyon, mai 2005
reproduit avec son aimable permission

Peter Hook :

"C'est un jour très, très, très triste. Je me sens complètement perdu ici au Japon. C'est comme de perdre mon père de nouveau. Je suis anéanti."

"Mes pensées vont à Yvette, Oliver, Hilary et Isabelle. Je pense à vous tous, mon cœur est brisé."

"Passe le bonjour à Rob, Ian et Martin de ma part, s'il te plaît Tony. Repose en paix. Dieu te bénisse."

"En discutant avec Oliver Wilson d'un concert hommage à son père, il m'a demandé quelles étaient les chances de participation de New Order. J'ai dit, 'Vu que nous venons de nous séparer, très minces.', et il m'a alors dit 'Si j'obtiens l'accord des autres, le ferais tu?'; j'ai répondu 'En l'honneur de ton père, je ferais tout.' Cela veut dire que je vendrais le popcorn, m'occuperais des billets, nettoierais après, et jouerais de la basse dans New Order/Joy Division/Crawling Chaos."


Stephen Morris :

"Il n'y aurait eu ni de Joy Division ni de New Order sans Tony, il croyait vraiment en nous et a eu l'intelligence de créer un label pour sortir nos disques."

"Il était toujours enthousiaste, et dans l'esprit 'On va y aller, le faire et après on comprendra pourquoi on l'a fait'. Cet enthousiasme agissait comme un rouleau compresseur pour avancer et c'est pourquoi on l'a supporté si longtemps [rires]. On pouvait se disputer avec Tony et partir en le détestant mais à la rencontre suivante tout était oublié. On l'aimait tout simplement."

Tony Wilson Steve Coogan

Steve Coogan (acteur, interprétant Tony dans "24 Hour Party People") :

"Je travaille à Hawaï en ce moment. Il y a une brise tiède, le soleil brille et la mer est turquoise, mais je souhaiterais être à Manchester et qu'il soit en train de pleuvoir. Il devrait pleuvoir, car le grand frère de toute une génération de personnes créatives, courageuses et innovatrices est parti. Il semble étrange qu'il ne soit pas là pour faire des remontrances et se mettre en colère contre tous les panégyriques et la tristesse de la semaine dernière."

"Il est presque impossible de décrire Tony Wilson en une phrase, on finit avec une longue liste d'adjectifs parfois paradoxaux. Mais je vais quand même essayer. Lyrique, poétique, pas timide, très timide, pas sentimental, un peu sentimental, pas cynique, enthousiaste, recouvert d'une armure, vulnérable."

"A la fin des années 70 il y avait à Manchester pas mal de jeunes hommes artistes, issus des classes moyennes, catholiques. Certains essayèrent de former des groupes; d'autres (moi) se contentaient d'acheter des disques et de les écouter. Tony était le meilleur représentant de ces baby boomers qui voulaient sortir du cadre de leurs origines et trouver de la poésie dans ce paysage post-industriel. Il donna de la confiance et une légitimité à une armée d'hommes incertains. Dit simplement, il montra qu'il n'était pas ringard de porter des beaux vêtements et d'utiliser de longs mots. Mais par dessus tout il fut un vériable champion de sa communauté, trouvant excitation et créativité dans sa ville. Sous sa conduite, Manchester devint et reste toujours une métropole qui compte. C'est là son héritage."

"En regardant en arrière, l'autre job de Tony comme présentateur télé semble presque un déguisement, comme si un espion pour une génération rebelle avait réussi à s'infiltrer dans le camp ennemi et à les posséder en passant de la musique inhabituelle et d'avant-garde à la télévision. Particulièrement 'So It Goes' en 1976. C'est l'époque de notre première rencontre. Il vint chez mes parents pour une soirée organisée par ma tante. J'avais 10 ans et j'étais consigné à l'étage, mais je l'ai entraperçu passant dans le hall, ce type un peu hippie qui présentait les nouvelles. Vingt cinq ans plus tard j'ai reçu un coup de téléphone de Michael Winterbottom, me demandant de jouer Tony Wilson dans son film '24 Hour Party People'."

"En 2001 assis face à Frank Cotteral Boyce et Michael Winterbottom, j'étais inquiet. Les déclarations lyriques de Tony en faisait une cible facile pour une satire mais nous nous mîmes d'accord pour que si l'on était amené à se moquer de Tony, et cela arriva, il devrait finalement apparaître comme un héros imparfait. Je voulais jouer Tony, et une bonne raison pour cela était que je ne voulais pas que quelqu'un bousille tout ça. En regardant en arrière, c'est le travail dont je suis le plus fier. Je m'en sens très proche, le seul travail pour lequel je ne voulais pas que le tournage s'arrête. Je voulais continuer à être Tony Wilson."

"Je n'ai pu voir le film depuis des années, et je pense que cela va encore durer un bon moment. C'est comme regarder des vieilles photos retrouvées dans une boîte à chaussures, doux-amer."

"Tony était nerveux pour les mêmes raisons que moi et nous en avons discuté avant le début du tournage. Comme artisan, il avait parfaitement compris que cela serait une interprétation "impressionniste" de lui et des événements. Il mit en cause quelques aspects du script mais cita John Ford qui dit que 'S'il faut choisir entre la vérité et la légende, imprimez la légende'. Il visita le plateau lors du tournage. A une occasion il arriva alors que nous tournions une scène qui était pour le moins peu sympathique et pas compatissante. Il dit : 'Cela n'est jamais arrivé, mais c'est votre interprétation et je crois dans la liberté artistique', avant de partir dignement. Je l'aime pour cela. A une autre occasion, dans les bureaux de la production, ce qui me paraît maintenant presque surréel, j'étais debout au bout d'un couloir habillé comme Tony avec un costume Yohjiyamanoto et des chaussures de tennis blanches - un look typique à la Tony. Quand Tony arriva à l'autre bout du couloir habillé à l'identique, il était au téléphone : 'Oh! C'est trop bizarre' dit-il 'Puis-je vous rappeler?'. L'écrivain Paul Morley, songea plus tard que si nous nous étions touchés nous nous serions retrouvés dans la cinquième dimension. Peter Hook a dit a l'époque avec une affection robuste que 'le plus grand "con" de Manchester était joué par le deuxième plus grand "con" de Manchester'. C'est le plus grand compliment que j'aie jamais reçu."

"Je sais que le film lui plaisait, on a fait d'innombrables interviews ensemble pour promouvoir le film à New York et à LA et il passait son temps à diminuer son importance se décrivant comme un simple transmetteur de talent. Je ne l'ai jamais vraiment cru. Il a signé l'une des briques décorées de l'extérieur de la Haçienda récemment démolie, et m'en a fait cadeau. L'intérieur du club a été reconstruit pour le film avec une précision étonnante. Quand Tony l'a vu, il a pleuré. Il n'y a jamais eu de dernière soirée à l'Haçienda. Mais nous avons profité de notre liberté pour en faire une dans le film. Presque tous ceux qui avaient eu un lien avec le club étaient là. Les vrais New Order, les acteurs jouant New Order, les Happy Mondays, les acteurs les jouant, Dave Haslam, Mike Pickering. La fête dura jusqu'aux petites heures, bien après la fin du tournage. Seule une personne ne vint pas : Anthony H Wilson. Je n'ai jamais su pourquoi. Voulait-il éviter de "s'imposer" et de ne pas être un "vrai pot de colle"? Ne voulait-il pas dire au revoir? Ou était-il déjà en train de passer à autre chose? Pas le genre à se vautrer dans la nostalgie. Une chose est certaine; il brillait par son absence et désormais il brillera toujours."

Tony Wilson Steve Coogan

Tony Wilson Yvette Livesey

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MAJ 2014-12-04    Copyright © Michel ENKIRI